Je voudrais tant ce soir m’endormir dans tes bras ;
Contempler longuement ton visage au repos,
– je ne m’en lasse pas – et caresser ta peau
Puis, en fermant les yeux, me lover contre toi.

T’entendre respirer, respirer ton odeur,
Sentir le battement de ton cœur sous ma main,
Mon front sur ton épaule, ton torse sous mes seins
Et m’assoupir enveloppée de ta chaleur.

J’aime les lourds parfums des forêts en été
– Exhalaisons d’humus, senteurs de conifères –
Mais ce soir j’ai envie d’aller dans la lumière
De respirer l’odeur de foin frais dans les prés,

Profiter posément de l’intense chaleur
Et sentir sur ma peau les rais du crépuscule
Tandis que les averses de la canicule
Exaltent les arômes du chèvrefeuille en fleurs.

Je l’ai vu cette nuit, assis à un bureau,
Par des tâches en cours pleinement absorbé,
Immobile, et j’ai pu un moment contempler
Ses cheveux, ses épaules, sa nuque et puis son dos ;

Je me suis approchée et, tendre, ai déposé,
Quelques baisers légers sur son cou qui me grise,
En un instant mes mains ont ouvert sa chemise
Et se sont promenées sur la peau exposée

Que ma langue et mes lèvres effleuraient de plus belle.
Son souffle saccadé, son odeur, m’enflammaient
Quand il m’a attrapé fermement le poignet
Et embrassé le bras, tranquille et sensuel,

Sa bouche musardant de ma main à mes seins…
– Le réveil a marqué le terme de la nuit :
Je me suis éveillée l’esprit gorgé de lui,
De ce songe entêtant, et depuis ce matin

Mon imagination ne cesse de courir :
Je le vois en pensée, rêve de tout son corps
De ses yeux, de ses mains, de l’enlacer encore
De goûter sa tendresse, savourer ses sourires –

Je veux sentir ses bras brûlants m’envelopper,
Mes doigts dans sa toison, ses cuisses sous les miennes,
Mon ventre ou bien mes flancs durcir sous son haleine,
Et doucement caresser son sexe gonflé.

Je me souviens encor de ce lit, de ces murs,
Qui ont vu flamboyer mes passions juvéniles
Et la nuit alourdie de soupirs, de murmures,
Où nos amours furent fertiles

Je me rappelle du bonheur tout hormonal
Qui m’inondait dans ces heures ou désemparée,
Navrée, perdue dans des raisonnements bancals
J’ai tant désiré continuer

Je me souviens de la détresse et la douleur
Accompagnant les flots continus de mon sang
Dans lesquels sont parties tandis qu’hurlait mon cœur
Les cellules de mon enfant

Je me souviens de cet isolement terrible
Où mes déchirements se sont cristallisés,
Sanglot après sanglot, en un vide sensible
Qui ne sera jamais comblé

Dans la nuit glaciale, de la brune à l’aurore,
Il contemple, muet, l’horizon étoilé,
Les constellations paresseuses éclore
Ou les jeux de lumière sur la neige moirée
Comme passe la lune aux sommets acérés.

Il s’élance parfois depuis les hautes cimes
Et se laisse planer au-dessus des forêts ;
Les bourrasques gelées qui montent de l’abîme
Plaquent contre sa peau son costume de jais
Et ces perturbations le distraient et l’égaient.

Il savoure le chant du vent dans les pinèdes,
Inspire avec bonheur les parfums résineux,
Admire, fier et béat, ce pays qu’il possède,
Magnifique et sauvage, grandiose et silencieux,
Qu’il domine bien plus qu’un monarque ou qu’un dieu.

Enfin, comblé d’avoir contrôlé ses trésors,
Dans l’heure précédant le déclin de la nuit
Il s’en va souriant faire régner la mort,
Dans l’infortuné bourg qui a été choisi,
Et se repaît de sang, de douleur et de cris.

Elle songe, presque figée,
De longs frissons secouent son corps ;
Tantôt une goutte gelée
Vient strier ses joues incolores
Son souffle se fait saccadé.

Elle paraît toute hébétée
Par le chagrin qui la dévore,
N’ayant plus rien à espérer,
Hors d’atteinte du réconfort
– Petite femme au cœur brisé.

Juillet est si lointain et j’ai faim de chaleur !
Je glisse sous les jets d’une douche brûlante
Et me prends à rêver que la nuit tombante
S’enfuie en un instant, que s’estompent les heures ;

Je voudrais en sortir au plein cœur de l’été,
Du soleil dans les yeux, succinctement vêtue,
Te trouver à mon seuil sans t’avoir attendu
Et d’une ardente étreinte t’inviter à entrer.

Je suis une curieuse amie :
Me réjouir serait normal
Quand je te vois qui lui souris
Et pourtant le cœur m’a fait mal.

Tu es là, debout devant moi ;
Soudain, m’emporte le désir
De te serrer entre mes bras
– Passer les heures à venir

Contre ta peau, les sens en feu,
Mes mains parcourant tout ton corps,
Tes lèvres étouffant mes aveux
Et t’enlacer jusqu’à l’aurore –

Elle allait en silence au milieu de la nuit,
Sa silhouette sous la lune presque pleine
Paraissait un fantôme dans la ville sereine ;
Son esprit ivre encor de remous et de bruit
Combattait en vain sa sourde mélancolie.

Les lumières nocturnes faisaient étinceler
Les ondulations des flots de la Garonne
Alors que s’y coula la malheureuse atone.
Rêvait-elle que l’eau parviendrait à calmer
Son cœur toujours en feu via ses poumons noyés ?

Elle aimait à danser sur la crête des monts ;
Ses boucles tournoyaient sur sa nuque et son dos
Et au fil de ses pas, les sauts de son jupon
Permettaient au soleil de réchauffer sa peau.

Sur la rosée givrée, sous la brise vernale,
Dans la lourde chaleur des soirées de moissons
Ou bien enveloppée de brumes automnales
Elle virevoltait, preste et sans prétention.

Le visage radieux, cœur et esprit légers,
Chaque jour elle quittait le foyer familial ;
Les voisins souriaient en la voyant passer,
De l’aurore à complies, parfois sous les étoiles,

Et lors des jours paisibles, si le temps était beau,
Les villageois souvent s’en venaient l’admirer
Et se réjouir devant le délicieux tableau
Des gestes gracieux de l’alerte beauté.