Il est doux de pouvoir
Occasionnellement
Profiter du moment
Dans le calme du soir ;

Quand le souffle du vent
Soupire dans les treilles
Alors que le soleil
Décline lentement,

Simplement admirer
Du ciel le bleu intense,
Jouir du pesant silence
Des chaudes nuits d’été.

Si je pouvais serrer le fruit de mes amours
Contre mon corps en deuil, sur mon cœur plein de lui,
En un fugace instant, en un moment exquis
Embrasser ses cheveux doux comme du velours,

Je verserais sur lui une vie de caresses,
Murmurerais cent fois la passion qui m’étreint,
Le berçant doucement sentirais son parfum
En chantonnant tout bas des mots pleins de tendresse.

Depuis près de cent lustres, il se dresse imposant
Dans les bois primitifs où il a su grandir ;
A présent que son tronc commence de pourrir,
Il évoque serein les souvenirs d’antan.

Les arbres étaient hauts, la forêt colossale
Le silence ne troublait ses nuits ni ses jours,
Tantôt le cerf bramait ses appétits d’amours,
Tantôt le campagnol fouissait sous les étoiles

Et lorsque le crapaud, le pic ou le renard,
Ensemble interrompaient leurs courses et leurs chants,
Que le vent dans les feuilles s’arrêtait un instant
D’autres voix et babils montaient de toutes parts :

La nuit, le petit peuple sortait des galeries
Polir leurs éclats d’ambre sous les rayons de lune,
Les fées jouaient aux cimes dès qu’arrivait la brune,
Le beau peuple dansait sous les cieux assombris ;

Les esprits des ruisseaux et ceux des végétaux
Dès l’aube parcouraient sans répit leur domaine
Effleurant les fougères, enfouissant les faines,
Souriant aux goujons tapis au fond des flots.

Mais les fées sont parties et les elfes sont morts,
Les gobelins se terrent en leurs sombres terriers,
Dryades et ondins se sont étiolés,
Le peuple gnome a fui et enfoui ses trésors.

Si sa force a décru quand la magie a fui
Il persiste sans trêve à filtrer l’atmosphère,
Ses feuilles et leur humus régénèrent la terre,
Insectes et passereaux en ont fait leur abri.

Ils errent, je le sens, ceux qui te disent mort,
Ceux qui te pleurent encore silencieusement,
Qui souffrent de penser qu’aujourd’hui ton corps
Au fond de ton cercueil se gâte lentement ;

Tu es dans ces pays où il fait toujours beau,
Où le sable est brûlant, où les vagues sont belles,
Tu surfes, joues au foot et golfes comme un pro
Puis t’en vas randonner dans les monts éternels.

A ceux auxquels je tiens
Je souhaite de tout cœur
Une année 2020
Pénétrée de bonheur ;

Des désirs en pagaille
Pouvant être remplis,
Des succès au travail,
Des week-end entre amis,

De belles découvertes,
De la santé, toujours,
Une pensée ouverte
Et puis beaucoup d’amour.

Pensive au bord du lac et seule sous la lune
Tu soupires en pensant à ta vie d’autrefois,
Te souviens t’être dit qu’elle ne t’agréait pas,
Avoir rêvé souvent de changer de fortune ;

Puis tout a basculé dans un monde à merveilles
Tu as passé la porte en un instant subit
Et les elfes et leur cour sont entrés dans ta vie,
– Ton passé s’est enfuit comme un songe à l’éveil –

Tu as cru tout d’abord, et ton coeur s’est réjoui,
Pouvoir les admirer, leur beauté, leurs atours,
Leurs transformations, leur magie, leurs discours
Et emplir ta raison des traits de leurs esprits

Mais sitôt qu’ils t’ont vue, ce rêve a éclaté ;
Car tu es le daim blanc : tous brûlent de te prendre
Ils guignent le pouvoir qui naîtra de tes cendres
Si tu ne parviens, toi, à le faire s’exprimer.

Depuis tu dors le jour à l’abri des marais
Et tâches dans la peur, de la brune à l’aurore,
De déployer des dons qui se cachent encore,
Redoutant en silence qu’ils n’éclosent jamais.

Novembre est là – le vent
Est devenu glacial ;
Il s’engouffre en rafales
Jusque dans mes tympans –

Le ciel est clair et bleu
Alors que vient le soir
Qui tendre, le chamarre
De nues couleur de feu.

Les perles de rosée
Sur le sol des chemins
Exaltent le parfum
De l’humus qui se crée ;

Si la nature verdoie
Ardente après l’averse
Des taches la traversent
De pourpre dans les bois.

Les bourrasques s’égaient
En vives farandoles
Et dans leur courses folles
Font chanter les forêts.

J‘ai le coeur gros, j’ai le coeur lourd
Et si j’ai cessé de pleurer
Depuis trois ans, jour après jour,
Tu ne cesses de me manquer.

Non loin de l’océan il se trouve un endroit
Dont on parle bien peu mais qu’on évite encore
Où nulle fleur sauvage ne parvient à éclore
Et où nul animal ne porte plus ses pas :

Là bas, les membres tremblent et les os sont gelés
Sous les sursauts rageurs de l’air qui se déchaine
Et frappe sans relâche pour arracher l’haleine
Des corps qui se faufilent entre les rocs dressés

Pourtant l’air était doux dans le petit vallon
Les feuilles et les fleurs des vergers séculaires
Apportaient aux flâneurs une ombre salutaire ;
La brise l’éclairait de ses ondulations.

Les hommes ont investi alors ces doux coteaux
Et ils ont érigé en cercle dix menhirs :
Les pierres en tombant piégèrent le zéphyr
Qui prenait au soleil un instant de repos.

Depuis il se débat et hurle sans répit,
S’évertue à briser le cromlech qui le blesse,
Dans ses tourments il pense à ses bourreaux sans cesse
Et, furieux captif, les blâme et les maudit.

« Votre corps tout entier subit les agressions
De vos esprits malades, de ces tristes complexes
Qui portent aux cellules, en un effet réflexe
L’angoisse qui produit la multiplication.

« Partant, travaillez sur vos conflits intérieurs :
Rasez ces sentiments d’infériorité
Et vous aurez tout lieu de vous féliciter
Quand de votre cancer vous sortirez vainqueur !

« Pour parfaire votre cure, il est recommandé
La consommation de dioxyde de chlore,
D’amygdaline aussi, mais d’autres soins encore
Fournis au sein de nos centres spécialisés

« Fuyez sans délai ceux qui voudraient vous faire croire
Que vaincre les tumeurs incombe aux médecins ;
Récitez le pater – mais en araméen –
Et plusieurs fois par jour, priez la vierge noire !

« On pourrait estimer nos jeunes thérapies
Onéreuses parfois obscures ou bien lentes
Mais tenez éloignées ces pensées imprudentes :
Vous conviendrez je crois que rien ne vaut la vie »

L’espoir provoqué par ces promesses orales,
Ces traitements qui sont tant de jours de perdus
Mensonges édictés d’une voix convaincue,
Se maintient alors que se multiplie le mal

Et lorsque les yeux s’ouvrent il n’est souvent plus temps :
Ainsi pourquoi cesser un commerce menteur ?
Assurément, il n’y a pas lieu d’avoir peur
D’actions en justice menées par des mourants.