Les instants courent, les heures pleurent
Les jours s’en vont, les années fuient
Et seuls les souvenirs demeurent
Au capharnaüm de ma vie.

Je voudrais tant pouvoir lui demander pardon
De n’avoir pas été assez à ses côtés,
Stupidement de n’avoir pas privilégié,
Recherché davantage ces moments d’abandon
Dont il sortait souvent comme un peu apaisé.

Je pleure à chaque instant de n’avoir pas compris
L’importance pour lui en ces mois trop cruels
De se sentir aimé, grand, beau, spirituel
Et d’oublier un peu cet étouffant mépris
De soi qu’a déclenché un amour infidèle ;

Et murmurant tout bas mes prières d’excuses
De l’avoir cru plus fort, d’avoir imaginé
Que j’avais devant moi pour le réconforter
Des semaines, une vie ? Je perçois qui m’accuse
Le silence accablant qui hante mes pensées.

Déjà Noël. Je ne vois plus passer le temps :
Il se consume au brasier de ma détresse
La peine me calcine, alimentée sans cesse
Par mes remords confus, mes regrets lancinants.

Déjà Noël et ses paquets amoncelés ;
Je n’ai jamais voulu de cadeaux scintillants
Et mon coeur souffreteux soupire assez souvent
Du vide qui l’emplit, de ne rien souhaiter

Mais cette année, j’ai un désir : exaucez-moi
Dieu, Allah ou Yahvé, Bouddhas, chamans ou fées,
Esprits chtoniens ! Ayez pitié et permettez
Que je tienne à nouveau Jérôme entre mes bras.

On me dit que je dois tenir
Ou bien que la vie continue
Mais je ne vois pas d’avenir
Dans une vie où il n’est plus ;

Je ne vois pas pourquoi encore
Manger, me lever, me laver
Quand mon esprit, mon cœur, sont morts,
Quand leurs espoirs sont enterrés ;

J’aimerais, plutôt que lutter,
Laisser lentement m’engloutir
La peine qui m’a terrassée
Et cesser enfin de souffrir.

Dans mon service de compta
J’ai appréhendé la pratique
De la saisie analytique,
L’intérêt des règles de trois ;

J’ai appris en autodidacte
A perpétuellement me méfier
De collègues et à garder
La trace du moindre contact,

J’ai entendu, abasourdie,
Que les arabes sont mauvais,
Que les juifs ne sont pas français
Et qu’ils n’ont pas leur place ici

Ou qu’il faut attaquer d’emblée
Ceux qui ne m’ont pas porté tort :
Les souiller de ragots retors,
Que pour vivre il faut diffamer.

Certains pourtant me manqueront
Qui étaient bons et agréables
Mais mon choix reste irrévocable :
Je pars vers d’autres horizons.

Comme se célèbrent aujourd’hui
Ensemble les anniversaires
De deux de mes plus chers amis,
A cette date, tout s’éclaire

Et je chéris en pensée ceux
Qui ont empli par leur amour
Ma vie d’un bonheur silencieux
Dont je me réjouirai toujours.

J’aimerais bien pouvoir être fière de la France
Pour ses lois établies avec intelligence,
Ses décrets pertinents autant que respectés
Et appliqués aussi en toute égalité,

Pour ses politiciens intègres et brillants
Et l’efficacité de son gouvernement,
Les progrès accomplis en matière de social
D’écologie ou de parité salariale.

Et la diminution constante de sa dette
Me rendrait enthousiaste autant que stupéfaite
– Mais je ne crierai pas le nom de ma nation
Lorsque quelques sportifs frappent dans un ballon.

Quand de trop de douleur je me trouve accablée,
Muette à force de pleurs, je ressasse en silence
Que seule suis fautive et suis seule à blâmer ;
C’est de ma faute à moi, et à mon inconscience
Si mon cœur à présent est froid et pétrifié.

Les erreurs qui déchirent mon esprit balafré
Et font de mes pensers des tributs de souffrance
À mes remords profonds continûment versés
Ont pour tristes objets les futiles errances
De moments où j’ai cru à la félicité.

Trempée dans le cristal de l’eau des glaciers,
Forgée avec l’acier d’hommes d’un autre monde,
La lame sertie d’une inscription enchantée,
L’épée Ulfberht aux mains de son puissant guerrier
Allait de guerres atroces en massacres immondes.

À sa garde ouvragée, depuis sa pointe aiguë,
Tout le long de sa gorge le sang coulait vermeil
Faisant pousser des râles aux rivaux abattus
Tandis qu’Arvid le Grand se dressait invaincu
Et pouvait voir encore se lever le soleil !

Il est mort au combat et son arme courbée
Repose sous un tertre près de la Mjolkelva ;
En se désagrégeant, elle rêve à son guerrier
Depuis plus de mille ans commensal honoré
Aux banquets éternels du glorieux Valhalla.

Ce n’est qu’un jour de plus dans une année banale ;
Quelques heures qui fuient comme toujours les heures
Alors pourquoi soudain cette amère rancœur,
Cette angoisse pesante qui me fait un peu mal ?

Ce n’est qu’un jour de plus mais j’ai le sentiment
Que ma vie qui bondit s’élance dans le vide,
Que l’abîme où je vole, aussi morne qu’aride,
Me verra m’effondrer sous le souffle du temps.