Quelle était ta douleur, quelle était ta détresse
Ou ta rage pour que tu ailles, grand couillon,
Préférer à ma bouche la bouche d’un canon
L’oubli à mes baisers, la mort à mes caresses ?

Tu étais tourmenté mais comment as-tu pu
Nous abreuvant de tes sourires mensongers,
Inventant des projets qui nous faisaient rêver
Décider de te tuer sans que nous l’ayons vu ?

Et cela fait un an cette nuit, tendre coeur
Que tes membres sont froids, ton beau corps immobile,
Tes sourires perdus, que ta voix juvénile
Est éteinte à jamais – et que coulent mes pleurs.

Il est des gens auxquels mon coeur est attaché ;
La vie et ses hasards m’ont fait croiser leurs pas,
Leur temps et leurs sourires, leurs pensées et leur voix
Et nos affinités nous ont pour longtemps liés

Et quand je pense à eux, je me trouve grandie,
Suis fière quand je crois mériter leur estime ;
Lors des moments obscurs la pensée me ranime
De savoir que je peux les appeler amis.

Tu n’as pas eu trente-deux ans
Joli grand con, gentil couillon ;
La brusque fin de tes tourments
Laisse dans la consternation
Ceux qui t’aiment profondément.

Bon anniversaire, tendre coeur,
Tu m’as, comme ami, comme amant,
Comblée de joie et de douceur
Et ton absence constamment
M’inflige une sourde douleur.

Le temps ne s’est pas arrêté
À ces moments d’intense horreur
Où je croyais gelées les heures
Sur mes souffrances hébétées ;

Le vent et la pluie ont rugi
Et le soleil, et puis la lune,
Ont éclairé mes infortunes
Sans soulager mon cœur meurtri

Mais si dans les troubles pensées
Qu’obsèdent de trop vains désirs
Dont l’évocation me déchire
Les secondes se sont figées,

La vie croît tout autour de moi ;
Les saisons se sont succédées
Et dans les parfums de l’été
Fleurissent les hortensias.

Petit ange adoré,
Balafre de mon coeur,
Conçu dans le bonheur
De désirs partagés
Et mort dans mes douleurs,

Tu occupes sans cesse
– Ma framboise chérie –
Un coin de mon esprit
Et règnes en princesse
Sur mes pensées meurtries.

Je sais – suppose – espère ? Que quelque chose en moi
S’intéresse aux scrutins, leur donne une importance ;
Mais comme anesthésiée, aujourd’hui ma conscience
Pitoyable gémit dessous du marbre froid.

Entendre sans répit les soupirs de douleur
De ceux qui t’ont aimé, qui t’aiment aujourd’hui,
Voir une sourde douleur miner tous tes amis,
La culpabilité dilacérer leurs coeurs,

Voir ta mère atterrée, ton père anéanti
Tes soeurs noyées de peine et leurs vies dévastées :
Tous brisés de chagrin ! Puis pouvoir constater
Le silence blessé de tes neveux meurtris

Et sentir à chaque heure mes pensées enflammées
Chaque nuit assister à la brûlante danse
De mon corps libérant ses sanglots de souffrance,
Dis moi, est-ce l’enfer promis aux suicidés ?

Les instants courent, les heures pleurent
Les jours s’en vont, les années fuient
Et seuls les souvenirs demeurent
Au capharnaüm de ma vie.

Je voudrais tant pouvoir lui demander pardon
De n’avoir pas été assez à ses côtés,
Stupidement de n’avoir pas privilégié,
Recherché davantage ces moments d’abandon
Dont il sortait souvent comme un peu apaisé.

Je pleure à chaque instant de n’avoir pas compris
L’importance pour lui en ces mois trop cruels
De se sentir aimé, grand, beau, spirituel
Et d’oublier un peu cet étouffant mépris
De soi qu’a déclenché un amour infidèle ;

Et murmurant tout bas mes prières d’excuses
De l’avoir cru plus fort, d’avoir imaginé
Que j’avais devant moi pour le réconforter
Des semaines, une vie ? Je perçois qui m’accuse
Le silence accablant qui hante mes pensées.

Déjà Noël. Je ne vois plus passer le temps :
Il se consume au brasier de ma détresse
La peine me calcine, alimentée sans cesse
Par mes remords confus, mes regrets lancinants.

Déjà Noël et ses paquets amoncelés ;
Je n’ai jamais voulu de cadeaux scintillants
Et mon coeur souffreteux soupire assez souvent
Du vide qui l’emplit, de ne rien souhaiter

Mais cette année, j’ai un désir : exaucez-moi
Dieu, Allah ou Yahvé, Bouddhas, chamans ou fées,
Esprits chtoniens ! Ayez pitié et permettez
Que je tienne à nouveau Jérôme entre mes bras.