Le ciel est radieux ; le froid soleil d’automne
Resplendit dans un jour limpide et lumineux ;
Entre les murs de pierre, les pas légers résonnent
Des visiteurs muets d’un éternel adieu

Car c’est le jour des morts et les fleurs prolifèrent,
Kyrielle de couleurs sur les tombes gelées,
Elles miment la vie au coeur du cimetière
Lorsque, mortes, les feuilles commencent de tomber.

Sous les charmilles de la fièvre
Marchent des Pierrots incolores
Jonglant avec huit anneaux d’or
Alors que vagissent trois lièvres
Chevauchant leur toréador.

Dans le salon brûlant j’ai vu
Danser des arlequins chanteurs
Sur des plateaux remplis de fleurs,
Valser des pantins moustachus
Nourris de bruit et de chaleur

Et la cuisine en proie aux flammes
Abrite des cuisiniers fous
Et des meutes de carcajous
Qui, maquillés comme des dames,
Hurlent dans des lits d’acajou.

Mais quand s’ouvre mon oeil en feu
Tout ce tumulte, effarouché,
Fuit et me laisse distinguer
Les bourrasques du vent furieux
Dans les feuilles des peupliers.

Quelle était ta douleur, quelle était ta détresse
Ou ta rage pour que tu ailles, grand couillon,
Préférer à ma bouche la bouche d’un canon
L’oubli à mes baisers, la mort à mes caresses ?

Tu étais tourmenté mais comment as-tu pu
Nous abreuvant de tes sourires mensongers,
Inventant des projets qui nous faisaient rêver
Décider de te tuer sans que nous l’ayons vu ?

Et cela fait un an cette nuit, tendre coeur
Que tes membres sont froids, ton beau corps immobile,
Tes sourires perdus, que ta voix juvénile
Est éteinte à jamais – et que coulent mes pleurs.

Il est des gens auxquels mon coeur est attaché ;
La vie et ses hasards m’ont fait croiser leurs pas,
Leur temps et leurs sourires, leurs pensées et leur voix
Et nos affinités nous ont pour longtemps liés

Et quand je pense à eux, je me trouve grandie,
Suis fière quand je crois mériter leur estime ;
Lors des moments obscurs la pensée me ranime
De savoir que je peux les appeler amis.

Tu n’as pas eu trente-deux ans
Joli grand con, gentil couillon ;
La brusque fin de tes tourments
Laisse dans la consternation
Ceux qui t’aiment profondément.

Bon anniversaire, tendre coeur,
Tu m’as, comme ami, comme amant,
Comblée de joie et de douceur
Et ton absence constamment
M’inflige une sourde douleur.

Le temps ne s’est pas arrêté
À ces moments d’intense horreur
Où je croyais gelées les heures
Sur mes souffrances hébétées ;

Le vent et la pluie ont rugi
Et le soleil, et puis la lune,
Ont éclairé mes infortunes
Sans soulager mon cœur meurtri

Mais si dans les troubles pensées
Qu’obsèdent de trop vains désirs
Dont l’évocation me déchire
Les secondes se sont figées,

La vie croît tout autour de moi ;
Les saisons se sont succédées
Et dans les parfums de l’été
Fleurissent les hortensias.

Petit ange adoré,
Balafre de mon coeur,
Conçu dans le bonheur
De désirs partagés
Et mort dans mes douleurs,

Tu occupes sans cesse
– Ma framboise chérie –
Un coin de mon esprit
Et règnes en princesse
Sur mes pensées meurtries.

Je sais – suppose – espère ? Que quelque chose en moi
S’intéresse aux scrutins, leur donne une importance ;
Mais comme anesthésiée, aujourd’hui ma conscience
Pitoyable gémit dessous du marbre froid.

Entendre sans répit les soupirs de douleur
De ceux qui t’ont aimé, qui t’aiment aujourd’hui,
Voir une sourde douleur miner tous tes amis,
La culpabilité dilacérer leurs coeurs,

Voir ta mère atterrée, ton père anéanti
Tes soeurs noyées de peine et leurs vies dévastées :
Tous brisés de chagrin ! Puis pouvoir constater
Le silence blessé de tes neveux meurtris

Et sentir à chaque heure mes pensées enflammées
Chaque nuit assister à la brûlante danse
De mon corps libérant ses sanglots de souffrance,
Dis moi, est-ce l’enfer promis aux suicidés ?

Les instants courent, les heures pleurent
Les jours s’en vont, les années fuient
Et seuls les souvenirs demeurent
Au capharnaüm de ma vie.