Author: Soune

Quand de trop de douleur je me trouve accablée,
Muette à force de pleurs, je ressasse en silence
Que seule suis fautive et suis seule à blâmer ;
C’est de ma faute à moi, et à mon inconscience
Si mon cœur à présent est froid et pétrifié.

Les erreurs qui déchirent mon esprit balafré
Et font de mes pensers des tributs de souffrance
À mes remords profonds continûment versés
Ont pour tristes objets les futiles errances
De moments où j’ai cru à la félicité.

Trempée dans le cristal de l’eau des glaciers,
Forgée avec l’acier d’hommes d’un autre monde,
La lame sertie d’une inscription enchantée,
L’épée Ulfberht aux mains de son puissant guerrier
Allait de guerres atroces en massacres immondes.

À sa garde ouvragée, depuis sa pointe aiguë,
Tout le long de sa gorge le sang coulait vermeil
Faisant pousser des râles aux rivaux abattus
Tandis qu’Arvid le Grand se dressait invaincu
Et pouvait voir encore se lever le soleil !

Il est mort au combat et son arme courbée
Repose sous un tertre près de la Mjolkelva ;
En se désagrégeant, elle rêve à son guerrier
Depuis plus de mille ans commensal honoré
Aux banquets éternels du glorieux Valhalla.

Ce n’est qu’un jour de plus dans une année banale ;
Quelques heures qui fuient comme toujours les heures
Alors pourquoi soudain cette amère rancœur,
Cette angoisse pesante qui me fait un peu mal ?

Ce n’est qu’un jour de plus mais j’ai le sentiment
Que ma vie qui bondit s’élance dans le vide,
Que l’abîme où je vole, aussi morne qu’aride,
Me verra m’effondrer sous le souffle du temps.

Ecoute donc petite fleur
Le crépitement de la pluie
Qui s’est fait joyeux aujourd’hui,
– En devient comme enjôleur –

Et le vent qui aux cieux rugit
Change en ballade sa complainte
Car ils célèbrent les Jacinthes :
Bonne fête poussin joli !

Aujourd’hui, j’ai valsé dans les bras de Janus ;
Sous sa direction mon corps discipliné
A dessiné des volutes élaborées
Tandis que j’observais son ambigu rictus

Et au fil de nos pas, il murmurait sans cesse
Des comptes circonspects de choix et de désirs ;
Eclairant le passé, évoquant l’avenir
Il narrait des humains les dons et les faiblesses !

Dieu des commencements, père au double visage,
Retiens pour quelque temps de ton temple les portes :
Trop de tes créatures l’an dernier sont mortes
Et nous avons besoin d’une trêve aux carnages.

Ce soir l’année s’éteint, calme et désabusée
Soupirant de pouvoir déposer le fardeau
De trop de mois, de jours, d’heures marquées du sceau
Du deuil et de la peine en des coeurs affligés.

Ma jeunesse est passée : tant d’être chers sont morts
Avec lesquels ont fui mes souvenirs d’enfant ;
Leur funeste retour dans l’infini néant,
Leur absence constante, me déchirent encore.

Adieu fatale année, adieu, tendres aimés !
Vos ombres resteront bercées dans ma douleur
Choyées et à l’abri de l’amère froideur
Qui envahit ma vie peu à peu désertée.

Des bougies peu à peu s’allument aux croisées
Lorsque l’obscurité couvre la capitale
Et l’on peut voir partout éclore et s’éployer
Des discours de soutien, d’amour et d’idéal,
De solidarité ;

Mais ces mots martelés, ces photos tricolores,
Feront-ils s’évanouir les rescapés tremblants,
Les aimants endeuillés, l’horreur qui les dévore,
Les plaintes des blessés, les soupirs des mourants
Et les yeux secs des morts ?

Depuis samedi soir
Sonnent sans s’arrêter
Les airs jubilatoires
Les notes endiablées
Qui m’ont tant fascinée.

Depuis ce concert qui
M’a tenue en haleine
À Orsay, Jacques Tati,
Ma mémoire m’entraine :
Je les revois sur scène

Parfaits, coordonnés,
Si vivants tous les trois
Et un poil déjantés
Ils charment de leurs voix
Caressantes parfois ;

Le visage se plaint
De trop vouloir sourire,
Ça fait mal dans les mains
À force d’applaudir
– Je les sens s’engourdir –

Mais un vent de fraîcheur
A soufflé dans ma tête
Grâce aux talents d’auteurs
Et aux dons de poètes
Des artistes en chaussettes

Et j’ai tout adoré
– Légères cabrioles
Mimiques de toqués
Harmonies et paroles –
Chez Bazar & Bémols.

Je n’avais pas imaginé
Que cela prendrait tant de temps
De détruire et puis rénover…
Mais j’aimerais emménager
Enfin dans cet appartement
Que j’ai acquis voilà un an.